À la vie, à la mort

Antoine de St. Exupéry, Le Petit Prince, XXI (Le renard) – Blanc tradition, Corse Porto-Vecchio AC 2014 – Dom. Granajolo

Ce texte, si savoureusement connu, appartient au patrimoine de la culture francophone. C’est un texte qui résonne en chacun de nous, qui nous évoque automatiquement des souvenirs, comme une madeleine exupérienne. Au-delà de son caractère plus qu’établi, qui peut rassurer ou irriter, cela reste un texte léger, pétillant et pourtant percutant.

Pour l’accompagner, nous avons choisi ce vermentinu biologique, dont les arômes de fruits blancs et exotiques rappellent la fraîcheur de l’enfance. Les notes finales, plus complexes, se marient bien à l’aspect mélancolique du texte.

Jean-Christophe Rufin, Train de vie in : in : Sept histoires qui reviennent de loin – Fleuve d’amour, Pic St-Loup 2012 – Zélige Caravent

Jean-Christophe Rufin est un académicien: son style est un pur bonheur – comme une ballerine, il a l’art de nous faire croire que la légèreté et l’élégance de ses écrits sont une chose naturelle, sans difficulté – une écriture qui coule de source. Dans cette nouvelle, qui se passe dans le lieu de tous les possibles (le train), la beauté de la langue est mise au service d’un final voué à nous surprendre et à s’amuser de nous.

L’assemblage du Languedoc qui accompagne le texte de Rufin a lui aussi des notes de virtuosité stylistique : ses notes de fruit, de tabac et d’épices s’étendent en bouche avec un équilibre et une force durable tout au long de la dégustation, comme un voyage un long voyage parmi les saveurs.

Yukio Mishima, Une matinée d’amour pur – Châteauneuf-du-Pape AC 2010 – Domaine Pierre-André

« Une matinée d’amour pur » est une nouvelle en deux temps, avec une cassure entre les deux parties, une cassure qui reflète déjà le final tragique. Dans cette nouvelle, la recherche de la perfection rime avec une certaine artificialité. De l’éloge de la beauté qui est mis en scène ici se dégage un sentiment d’absolu, exacerbé par les couleurs vives mais en quelque sorte détruit ou sali à dessin par la dureté de la seconde partie. Un texte complexe, dur et envoûtant, tout comme le vin qui l’accompagne. Ce Châteauneuf-du-Pape est une caresse en bouche, les fruits rouges lui offrent une douceur très agréables, suivie par un équilibre de notes épicées en second plan, qui lui donnent un caractère plus mature rappelant la deuxième partie de la nouvelle.

Philippe Delerm, Enfin, dimanche matin, in : Le trottoir au soleil – Loin de l’œil, Gaillac doux AC 2013 – Dom. Robert Plageoles

Delerm agit comme un anti dépresseur : une ou deux pages de ce grand peintre du quotidien permettent toujours de s’extraire, comme une pastille de bonheur. C’est un auteur qui fait du bien. Un condensé de petits bonheurs, écrits avec un naturel élaboré qui fait automatiquement écho en nous (« tiens, j’aurais pu l’écrire »). Ce texte fait aussi écho au premier : on se retrouve en terre connue, et ça fait du bien.

Pour l’accompagner, nous avons choisi un vin blanc moelleux d’une plénitude rare, qui sent le soleil, l’asphalte chaud et la tarte aux poire de grand-mère…

 

 

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